Les 851 € qu’ils épargnent sans le savoir
Le tableur est juste au centime, et il dit l’inverse de ce que Julien y lit. Quatre étiquettes changent ; aucun montant ne bouge.
PRÉCÉDEMMENT Trois semaines d’arbitrage avec un tableur fait à la main, un salaire entendu à la machine à café et une loi fédérale découverte dans un forum. Sarah a dit « on arrête ». Puis Julien m’a envoyé son fichier.
Pendant vingt ans, j’ai déplacé des données dans des banques. Migrations, projets réglementaires, anti-blanchiment.
Dans l’anti-blanchiment, on ne demande jamais si un chiffre est beau. On lui demande trois choses : d’où il vient, ce qu’on lui a fait en route, et qui peut le prouver. Un montant qui échoue à un contrôle n’est pas corrigé en douce — il est mis de côté, tracé, et personne ne s’en sert tant qu’il n’est pas requalifié.
J’ai passé le tableur de Julien dans ces contrôles.
Aucune erreur de calcul. Vérifié trois fois : 5 787 € moins 1 412 € font bien 4 375 €.
Le fichier est juste. Et il raconte le contraire de ce que Julien y lit.
CONTRÔLE 1 — UNE CHARGE QUI EST DE L’ÉPARGNE
Il a écrit « crédit immobilier : 1 000 € » dans la colonne des charges.
Un remboursement de crédit n’est pas une dépense : c’est un virement vers soi-même. Sur les 1 000 € de ce mois-ci, 149 € partent en intérêts — ça, c’est perdu. Les 851 € restants remboursent du capital.
851 € qui deviennent de la pierre, tous les mois, depuis quinze ans.
Julien s’inquiète de ne pas mettre 300 € de côté. Il en met 851 €.
CONTRÔLE 2 — UNE LIGNE QUI N’EXISTE PAS
Le 5008 est encore en crédit auto : 429 € par mois.
Cette ligne n’est nulle part. Ni dans ses charges, ni dans ses 870 €/mois de voitures — parce qu’un coût de possession moyen ne contient aucune mensualité.
Un crédit qu’il cite lui-même, et zéro euro en face.
CONTRÔLE 3 — DE L’ARGENT QUI NE SORT PAS
Ses 870 € incluent la décote. La décote est un coût réel, mais elle ne quitte pas le compte en banque. Pour répondre à « pourquoi il ne reste rien le 30 du mois », ce n’est pas le bon instrument.
CONTRÔLE 4 — UNE OPTION QU’IL IGNORE
Ce 5008 s’affiche autour de 20 000 € aujourd’hui. Il en reste 5 057 € à rembourser, et le crédit s’éteint en août 2027.
La voiture vaut quatre fois son propre crédit. Ils peuvent la vendre demain matin, solder, et garder la différence.
Ce n’est pas une contrainte. C’est un actif qu’ils conduisent.
ET LE TOTAL, ALORS ?
4 375 €. Exactement le même qu’à l’épisode 1.
Je n’ai pas corrigé un seul montant. J’ai changé quatre étiquettes.
C’est tout le métier : le même nombre dit « on n’a pas droit à l’imprévu » ou « on épargne 851 € par mois et on roule sur un actif net de 15 000 € » selon la colonne où on le range.
Un chiffre ne ment jamais. C’est la colonne qui ment.
Les chiffres de cette publication
Méthode : Amortissement ancré sur la MENSUALITÉ de 1 000 € publiée à l’épisode 1, 108 échéances, 1,8 % nominal. Capital restant dû réel 99 637 €, arrondi à 100 000 € dans les posts.
850,54 € exactement. Le module src/lib/amortissement.ts a été écrit pour cet épisode — le dépôt ne savait pas séparer capital et intérêts.
Méthode : Même amortissement. 149,46 € exactement — et 149 + 851 font 1 000, la mensualité publiée.
C’est ce que l’ancrage par le capital ne donnait pas : 150 + 854 faisaient 1 004, et un lecteur data analyst l’aurait vu en quatre secondes.
Méthode : 32 000 € financés sur 84 mois à 3,45 % par an — le taux réellement constaté en septembre 2020 sur la série MIR de la BCE, et non une moyenne d’agrégateur.
Tombée juste au centime dès la première passe, parce que ses paramètres avaient été collectés et non reconstitués.
Méthode : Après 72 échéances sur 84 : 5 056,91 €. Douze échéances restantes, extinction en août 2027.
Méthode : Fourchette d’ANNONCES relevée en septembre 2026 : 19 999 à 20 990 € pour un BlueHDi 130 EAT8 de 2020.
Il n’existe AUCUN équivalent automobile de DVF : l’État publie les transactions immobilières, personne ne publie les transactions automobiles. On ne peut donc pas appliquer ici la règle « transaction, jamais annonce » de l’épisode 2.
Méthode : Plafond d’annonces (20 000 €) moins capital restant dû (5 057 €). La CONCLUSION est robuste, pas le montant : le rapport tient encore à 3 pour 1 en vendant mal.
C’est ce qui fait du 5008 un actif et non une contrainte — donc ce qui le sort de la colonne « ce que le foyer ne décide pas ».
Hypothèses citées
- Ce qui ancre le prêt immobilierEstimation
- mensualité 1 000 €, capital réel 99 637 € — Quatre chiffres déjà publiés sur-déterminent ce prêt et ne peuvent pas être tous exacts : la mensualité de 1 000 €, le capital de 100 000 €, les 108 échéances et l’indemnité de 900 €. On ancre sur la MENSUALITÉ — traiter le capital comme exact aurait fait des 4 375 € de reste à vivre un arrondi, alors que ce chiffre ferme le compteur de chaque épisode.
- Les paramètres du crédit autoEstimation
- 32 000 € sur 84 mois à 3,45 % — Achat neuf du 5008 en septembre 2020, 32 000 € financés sur 84 mois. Seules la date d’achat et le montant financé sont des hypothèses ; le TAUX, lui, est mesuré — 3,45 % relevé sur la série MIR de la BCE pour ce mois-là.
- La valeur de revente est une fourchette d’annoncesÀ vérifier
- 19 999 à 20 990 € — Aucun registre public ne recense les transactions automobiles — le BOFiP définit la valeur vénale comme un prix constaté, sans désigner de barème. On traite donc les 20 000 € comme un PLAFOND et on n’affirme que ce qui survit à la décote : le rapport de 4 pour 1 tient encore à 3 pour 1 en vendant mal.
Sources
- Taux d’intérêt des crédits aux ménages (série MIR)Le taux de juin 2026 est celui d’un crédit NOUVEAU ; il ne s’applique pas au crédit en cours du foyer.
- Stat Info « Crédits aux particuliers »Pour juin 2026, la Banque de France publie 6,27 % et la BCE 6,21 %. Deux institutions officielles, le même mois, deux chiffres — et aucune ne se trompe : elles ne mesurent pas le même périmètre. C’est pour cela qu’on cite la série, jamais seulement le nombre.
Participer
« Votre crédit immobilier, vous le comptez en charge ou en épargne ? »
La discussion a lieu sous le post d’origine :sur LinkedIn. Un chiffre vous paraît faux ? Donnez le vôtre avec sa source — la correction sera publiée sur cette page, avec sa date et son motif.
Les hypothèses ouvertes à la contestation et leur modération arrivent dans une prochaine livraison. Tant que les règles ne sont pas écrites, il n’y a pas de zone de commentaire ici.
Corrections
Aucune correction à ce jour. Quand un chiffre, une source ou une formulation change, la version précédente reste lisible ici, avec sa date et son motif.
Les commentaires du post, tels qu’ils ont été publiés
Les trois calculs de ce post, pour qui veut les refaire. LE CRÉDIT IMMOBILIER : mensualité 1 000 €, 108 échéances, 1,8 % nominal par an. Le capital restant dû exact est 99 637 €, que j’arrondis à 100 000 € dans les posts. Ce mois-ci : 149,46 € d’intérêts et 850,54 € de capital — 149 € et 851 € arrondis. La part de capital monte tous les mois : 923 €/mois en moyenne d’ici 2035. LE CRÉDIT AUTO : le 5008 a été acheté neuf en septembre 2020, 32 000 € financés sur 84 mois à 3,45 % par an, le taux réellement constaté ce mois-là. Mensualité 429,35 €. Il reste 12 échéances et 5 057 € de capital ; le crédit s’éteint en août 2027. Intérêts payés sur toute la durée : 4 065 €. LA VALEUR DE LA VOITURE : 19 999 à 20 990 € pour ce modèle en septembre 2026 — ce sont des ANNONCES. Et il n’existe pas de DVF pour les voitures : l’État publie les transactions immobilières, personne ne publie les transactions automobiles. Prenez ces 20 000 € pour un plafond. Le rapport tient quand même — la voiture vaut environ quatre fois son crédit, et trois fois même en la vendant mal.
Les sources, et une correction que je me fais à moi-même. LE TAUX DE 2020 vient de la série harmonisée des taux bancaires (MIR) publiée par la Banque centrale européenne pour la France : crédits nouveaux à la consommation des ménages, taux annualisé convenu. Douze points relevés, de 2,56 % en avril 2020 — le mois du confinement — à 3,81 % en février. Septembre : 3,45 %. Moyenne de l’année : 3,43 %. LA CORRECTION : l’épisode 1 cite le crédit auto « à 6,27 % ». C’est le taux moyen des crédits nouveaux à la consommation de juin 2026 (Banque de France, Stat Info « Crédits aux particuliers »). Il est exact — mais c’est le taux qu’on obtient en signant aujourd’hui, pas celui que paie un crédit de 2020. Bon chiffre, mauvais millésime. ET LE DÉTAIL QUI RÉSUME TOUTE LA SÉRIE : pour juin 2026, la Banque de France publie 6,27 % et la BCE 6,21 %. Deux institutions officielles, le même mois, deux chiffres. Aucune ne se trompe : elles ne mesurent pas le même périmètre. C’est pour ça qu’on cite la série, jamais seulement le nombre.