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Publié le 05.09.2026 · Dernière revue des sources : 05.09.2026 · Notre méthode

Un conjoint sans revenu et deux enfants coûtent zéro euro de cotisation santé supplémentaire en Allemagne, en Autriche, en Belgique et en France. En Suisse, ils ont un prix, et chacun le sien. Ce n’est pas une nuance de barème : c’est le facteur qui décide de tout, et il est invisible tant qu’on compare des taux.

Cet article chiffre le coût santé du foyer dans onze pays, à partir des textes officiels de chaque pays. Il ne dit pas quel système est meilleur. Il dit où passe la ligne, et pourquoi elle passe là.

La question que personne ne pose au bon moment

On compare les systèmes de santé par leur taux, leur nombre de caisses, la qualité de leurs hôpitaux. Ce sont de bonnes questions. Ce ne sont pas celles qui changent la fin du mois.

La question qui change la fin du mois est plus bête : quand une personne s’ajoute à ton foyer, combien ça coûte de plus ?

La réponse est stable dans huit des onze pays du panel. Elle est de zéro.

Deux familles, et une seule différence

Prenons deux salariés au même profil : un salaire, un conjoint sans activité, deux enfants. L’un travaille en Allemagne, l’autre en Suisse.

L’Allemand cotise 8,75 % de son salaire brut — la moitié des 17,5 % que représentent le taux général de 14,6 % (§ 241 SGB V) et le Zusatzbeitrag moyen de 2,9 % pour 2026, l’autre moitié étant à la charge de l’employeur. L’assiette est plafonnée à 5 812,50 € par mois. Le § 10 SGB V couvre « der Ehegatte, der Lebenspartner und die Kinder » sans cotisation supplémentaire : enfants jusqu’à 18 ans, 25 ans en formation.

Son conjoint et ses deux enfants lui coûtent zéro.

Le frontalier en Suisse paie une prime par tête, indépendante du revenu. La grille frontalière UE/AELE de l’OFSP pour 2026 va de 200 à 823,10 CHF par adulte selon l’assureur et le pays de résidence. Chaque membre du foyer paie la sienne, enfants compris.

Son conjoint et ses deux enfants ont chacun un prix.

Le revenu n’y change rien. Il n’ouvre qu’un droit éventuel à une réduction cantonale de prime — qui est une aide à demander, pas un tarif.

Le tableau, et ce qu’il faut y lire

Pays Forme du prix Part salarié Assiette plafonnée Conjoint et enfants
Suisse prime par tête — — chacun paie la sienne
Allemagne % du revenu 8,75 % 5 812,50 €/mois gratuits (§ 10 SGB V)
Autriche % du revenu 3,87 % 6 930 €/mois gratuits, sauf exception
Belgique % du revenu 3,55 % non plafonnée gratuits
France % du revenu 0 % non plafonnée gratuits
Pays-Bas prime par tête — — adultes seulement
Liechtenstein prime par tête — — adultes seulement
Italie, Espagne, Portugal impôt général — — sans objet

Trois lectures sautent aux yeux, et la troisième est la plus importante.

La France affiche 0 %, et ce n’est pas une erreur. La cotisation maladie salariale a été supprimée pour les salariés du régime général ; le financement passe par la CSG et l’employeur. Un salarié français ne voit aucune ligne « assurance maladie » retenue sur son bulletin.

L’Autriche a une exception, et il faut la nommer honnêtement. Un conjoint co-assuré doit un Zusatzbeitrag de 3,4 % de l’assiette de l’assuré. Mais il en est exonéré s’il élève un enfant vivant au foyer, ou s’il en a élevé un pendant au moins quatre ans. Un foyer avec enfants n’est donc pas concerné — ce qui est le cas de presque tous les foyers que cette question intéresse.

Trois pays n’ont pas de chiffre, et c’est un choix. L’Italie, l’Espagne et le Portugal financent la santé par l’impôt général. Aucune ligne de cotisation santé n’existe sur la fiche de paie. Écrire « 0 % » laisserait croire à la gratuité ; reconstituer un montant depuis l’impôt sur le revenu serait une invention. Nous écrivons « sans objet », et c’est la seule chose vraie.

La preuve par le Liechtenstein

L’explication facile serait : « c’est le modèle de la prime forfaitaire qui produit ce résultat ». Elle est fausse, et c’est le Liechtenstein qui le démontre.

Même modèle qu’en Suisse : prime forfaitaire, marché d’assureurs privés, trois caisses. Même frontière, même monnaie, même ordre de grandeur de salaires. Et pourtant :

Le modèle n’impose donc pas le résultat. Deux pays voisins, le même système, deux traitements opposés de l’enfant. Ce qui décide, ce sont les choix de conception — et un choix de conception, par définition, aurait pu être différent.

C’est la seule conclusion politique de cet article, et elle est factuelle.

Rapporté au salaire médian, la carte se redessine

Une prime de 400 CHF ne veut rien dire seule. Il faut la rapporter à ce que gagnent les gens du pays. Voici les salaires médians à temps plein, sur une base unique :

Pays Médian brut annuel
Suisse 84 109 €
Luxembourg 54 446 €
Belgique 50 994 €
Pays-Bas 50 106 €
Allemagne 46 721 €
Autriche 45 466 €
France 33 809 €
Italie 31 811 €
Espagne 27 440 €
Portugal 16 749 €

Le médian suisse est 1,5 fois celui du Luxembourg et 2,5 fois celui de la France. Le portugais en est le cinquième.

Pourquoi ce tableau dit « temps plein », et pourquoi ça compte

Ce détail vaut un paragraphe, parce qu’il change les chiffres du simple au double.

La première extraction de ces données utilisait le médian harmonisé d’Eurostat, tous salariés confondus. Elle donnait 5 930 € par mois pour la Suisse — très en dessous du médian que publie l’Office fédéral de la statistique. L’écart n’était pas une erreur : cette colonne inclut les temps partiels à leur salaire réel, sans standardisation. Or le taux de temps partiel va du simple au sextuple dans ce panel.

La démonstration tient dans les Pays-Bas : 2 582 € par mois tous salariés confondus, 4 176 € par mois à temps plein. Le premier chiffre ne dit pas que les Néerlandais sont mal payés. Il dit qu’ils travaillent massivement à temps partiel.

Publier la première colonne en l’appelant « le salaire médian » aurait comparé des taux de temps partiel en croyant comparer des salaires. Le tableau ci-dessus est donc en temps plein, sur le jeu Eurostat earn_ses_annual, indicateur médian en euros, hors administration publique.

Le Liechtenstein n’a pas de ligne, et c’est volontaire

Le Liechtenstein ne participe pas à l’enquête européenne sur la structure des salaires. Ce n’est pas une valeur manquante : c’est une non-participation. Son office statistique publie bien un médian national, sur une autre base et une autre année — l’ajouter fabriquerait une ligne qui n’appartient pas à ce tableau.

Nous préférons une case vide honnête à un chiffre qui a l’air comparable et ne l’est pas.

Si tu es frontalier, ton pays de résidence change deux choses

Tout ce qui précède compare des pays où l’on travaille et où l’on vit. Le frontalier, lui, est à cheval — et sa facture dépend alors autant de son domicile que de son employeur.

Ta prime suisse n’est pas la même selon où tu dors. L’OFSP ne publie pas une grille frontalière, mais une grille par pays de résidence. La fourchette de 200 à 823,10 CHF cache donc des sous-fourchettes différentes selon que tu résides en France, en Allemagne, en Italie ou en Autriche. Comparer sa prime à celle d’un collègue qui vit de l’autre côté d’une autre frontière n’a pas de sens.

Et ton droit de sortir de la LAMal n’existe pas partout de la même façon. Si tu résides en France, un droit d’option te laisse trois mois après ta prise d’emploi pour choisir entre la LAMal et la CMU frontalière — la première est une prime par tête, la seconde un pourcentage du revenu. C’est exactement l’arbitrage de cet article, et tu peux le trancher toi-même.

Si tu résides en Allemagne, en Autriche ou en Italie, la question ne se pose pas sous cette forme : chacun de ces pays a ses propres règles d’exemption de l’assurance obligatoire suisse. Le choix existe, mais il ne s’appelle pas pareil et ne s’exerce pas pareil.

Une conséquence pratique, et elle surprend : pour une famille nombreuse résidant en France, le droit d’option est la décision financière la plus lourde de l’installation. Passer d’une prime par tête à un pourcentage du revenu supprime, d’un coup de formulaire, le facteur décrit dans tout cet article. Ne rien faire est aussi une décision — sans formulaire dans les trois mois, tu es affilié d’office à la LAMal.

Ce que ça change concrètement pour toi

Si tu es célibataire et bien payé, le système suisse t’est souvent favorable. Ta prime est fixe pendant que ta cotisation allemande, elle, monte avec ton salaire jusqu’au plafond.

Si tu as un conjoint sans activité et des enfants, l’arbitrage s’inverse, et parfois brutalement. Cinq têtes en Suisse, c’est cinq primes. Cinq têtes en Allemagne, en Autriche, en Belgique ou en France, c’est le même montant que pour une seule.

Si tu hésites entre deux pays, ne compare surtout pas les taux entre eux. Un taux et une prime par tête ne se comparent pas : ils ne mesurent pas la même chose. Ce qui se compare, c’est le montant que ton foyer précis paierait de chaque côté.

À retenir

Conseils pratiques

Compte les têtes avant de comparer les taux. C’est la seule opération qui distingue les deux familles de systèmes. Un célibataire et une famille de cinq ne vivent pas dans le même pays, même quand c’est le même.

Regarde l’âge de tes enfants, pas seulement leur nombre. En Suisse, la classe tarifaire change à 19 ans : la bascule vers « jeune adulte » est la plus coûteuse et la plus oubliée. Au Liechtenstein, la ligne passe à 16 ans révolus, puis à 20.

Vérifie le plafond d’assiette si tu es bien payé. En Allemagne, au-delà de 5 812,50 € par mois, ta cotisation ne monte plus. En Autriche, le plafond est de 6 930 €. En Belgique et en France, il n’y en a pas — le pourcentage suit tout le salaire.

Demande la réduction cantonale de prime si tu résides en Suisse. Elle existe, elle dépend du revenu, et elle ne s’obtient que sur demande. Personne ne te la proposera.

Erreurs fréquentes

« Le taux allemand est plus élevé, donc c’est plus cher. » Pas pour un foyer. 8,75 % sur un salaire, c’est un montant unique quelle que soit la taille de la famille. Quatre primes suisses, c’est quatre fois un montant. Le taux le plus élevé peut produire la facture la plus basse.

« La France affiche 0 %, donc la santé y est gratuite. » Non. La cotisation salariale maladie a été supprimée pour le régime général, mais le financement passe par la CSG et par l’employeur. La ligne a disparu de la fiche de paie, pas de l’économie.

« Le salaire médian suisse compense tout. » Il compense beaucoup, et pas toujours. Il faut mettre en regard un salaire 2,5 fois plus élevé qu’en France et un coût santé qui, lui, est multiplié par le nombre de personnes au foyer. Le résultat dépend de ta composition familiale, et il s’inverse quelque part.

« Je comparerai les systèmes de santé sur la qualité des soins. » Question légitime, mais c’est une autre question. Celle-ci porte sur ce qui sort de ton compte chaque mois, et les deux n’ont pas la même réponse.

Ce qu’il faut vérifier dans ta propre situation

Si tu travailles en Suisse, additionne les primes de chaque membre du foyer, pas seulement la tienne. Puis vérifie ton droit à la réduction cantonale : elle dépend du revenu et du canton de résidence, et elle change l’arbitrage pour les revenus modestes.

Si tu compares deux pays, fais le calcul sur ton foyer réel — conjoint, âges des enfants, salaire. Les moyennes nationales ne décrivent personne, et surtout pas une famille.

Si ta situation familiale va changer, refais le calcul. Une naissance ne coûte rien de plus en Allemagne. En Suisse, elle ajoute une prime.


Les taux de cotisation, plafonds et règles d’ayants droit de cet article proviennent des textes et autorités de chaque pays — SGB V et ministère fédéral allemand de la Santé, ASVG et ÖGK autrichiens, INAMI belge, OFSP suisse, fiches pays du CLEISS. Les salaires médians proviennent d’une base unique, l’enquête européenne sur la structure des salaires, en temps plein. Toutes les sources sont datées et listées ci-dessous.

Questions fréquentes

Un conjoint sans emploi coûte-t-il quelque chose en assurance maladie ? Cela dépend entièrement du pays. En Allemagne, le § 10 SGB V couvre le conjoint et les enfants sans aucune cotisation supplémentaire. En Belgique et en France, le principe est le même. En Suisse, non : chaque personne du foyer paie sa propre prime, y compris les enfants. C'est le seul pays du panel où un enfant a un prix.
Les enfants paient-ils une prime d'assurance maladie en Suisse ? Oui. Chaque enfant a sa propre prime, dans sa propre classe d'âge. C'est ce qui distingue la Suisse de tous les autres pays du panel — y compris du Liechtenstein, qui a pourtant le même modèle de prime forfaitaire mais exonère les enfants jusqu'à 16 ans révolus.
Payer un pourcentage de son salaire, est-ce moins cher qu'une prime fixe ? Pas mécaniquement. Un cadre allemand bien payé cotise sur une assiette plafonnée à 5 812,50 € par mois et peut dépasser ce que paierait un adulte seul en Suisse. La différence ne se joue pas sur le taux mais sur la taille du foyer : le pourcentage ne change pas quand la famille grandit, la prime par tête si.
Pourquoi ne comparez-vous pas le coût santé en Italie, en Espagne et au Portugal ? Parce qu'il n'y est pas séparable. Ces trois pays financent la santé par l'impôt général : il n'existe aucune ligne de cotisation santé sur la fiche de paie. Afficher « 0 % » serait faux, et reconstituer un montant à partir de l'impôt serait une invention. Nous préférons dire que la donnée est sans objet.
Le salaire médian suisse compense-t-il ces primes ? Souvent, mais pas toujours, et c'est une question de foyer et non de pays. Le médian suisse à temps plein est de 84 109 € bruts par an, soit 1,5 fois le Luxembourg et 2,5 fois la France. Une famille de cinq y paie cinq primes ; la même famille en Allemagne en paie zéro en plus du salarié. C'est cet arbitrage-là qu'il faut chiffrer sur sa propre situation.

Ce que ta famille coûte dépend d'un seul choix de conception. Le moteur Relokea chiffre ta prime réelle — canton de travail, âges de tes enfants, statut frontalier ou résident — et la met en regard du même foyer dans les autres pays du panel.

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Sources officielles

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