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Publié le 05.09.2026 · Dernière revue des sources : 05.09.2026 · Notre méthode

Chez un généraliste allemand ou néerlandais, une consultation coûte zéro euro au guichet. En Suisse, la même consultation se paie intégralement tant que la franchise annuelle n’est pas épuisée, puis à 10 %.

Autrement dit : le pays du panel où la prime mensuelle est la plus élevée est aussi celui où la première consultation de l’année coûte le plus cher. Les deux effets s’additionnent au lieu de se compenser.

Cet article chiffre ce qu’on sort de sa poche le jour où l’on consulte, dans onze pays, à partir des textes officiels. C’est l’autre moitié de la facture santé — celle qu’on ne voit pas en comparant les primes.

Deux montants, et ils ne se déduisent pas l’un de l’autre

On croit souvent qu’une prime élevée achète une consultation gratuite. C’est une intuition raisonnable. Elle est fausse.

La prime mensuelle et le reste à charge au guichet sont deux décisions séparées. Un pays peut choisir une prime basse et un ticket élevé, ou l’inverse. Rien ne l’oblige à compenser.

Et en pratique, dans le panel, la corrélation va dans le mauvais sens.

Le tableau du guichet

Pays Mécanisme Chez le généraliste, adulte Enfant
Suisse franchise puis quote-part prix plein, puis 10 % 10 % dès le 1er franc
Allemagne rien au guichet 0 € 0 €
Pays-Bas rien au guichet 0 € 0 €
Autriche rien au guichet 0 € 0 €
Italie rien au guichet 0 € 0 €
Espagne rien au guichet 0 € 0 €
Portugal rien au guichet 0 € 0 €
Belgique ticket modérateur 4 € 4 €
Luxembourg ticket modérateur 12 % du tarif 0 %
France ticket modérateur 11 € avancés 0 € de participation
Liechtenstein montant fixe puis 20 % 500 CHF/an puis 20 % 0 CHF

Sept pays sur onze ne demandent rien au patient pour voir un médecin généraliste. C’est la règle, pas l’exception.

Le cas suisse, et pourquoi il n’a pas de chiffre unique

La ligne suisse du tableau ne porte pas de montant, et ce n’est pas un oubli. C’est la réponse.

La franchise ordinaire est de 300 CHF par an pour un adulte, et peut monter jusqu’à 2 500 CHF en option. Tant qu’elle n’est pas atteinte, l’assuré paie la facture entière. Ensuite vient une quote-part de 10 %, plafonnée à 700 CHF par an. S’ajoute une contribution de 15 CHF par jour d’hospitalisation — dont sont exemptés les moins de 18 ans, les jeunes adultes de moins de 25 ans en formation, et les femmes pour les prestations de maternité.

Conséquence directe : la même consultation coûte deux prix différents selon le mois de l’année. Plein tarif en janvier, 10 % en novembre si tu as consommé assez pour épuiser ta franchise.

Publier une moyenne aurait masqué exactement ce qui distingue ce système des autres. Nous préférons écrire qu’il n’y a pas de montant, et dire pourquoi.

Les enfants suisses, et une exemption qui n’en est pas tout à fait une

L’enfant est dispensé de la franchise ordinaire. On en conclut souvent qu’il ne paie rien. C’est inexact : il paie la quote-part de 10 % dès le premier franc, plafonnée à 350 CHF par an.

Un enfant suisse qui consulte en janvier coûte donc 10 % de la facture. Le même enfant aux Pays-Bas coûte zéro, sur aucun soin du panier de base, à aucun moment de l’année.

Le Liechtenstein, encore, et encore à l’envers

Même mécanisme qu’en Suisse — un montant fixe puis un pourcentage — et le résultat inverse pour les enfants.

Un adulte y supporte 500 CHF par an, puis un Selbstbehalt de 20 % plafonné à 900 CHF, soit 1 400 CHF au maximum sur l’année. C’est plus dur qu’en Suisse pour un adulte.

Mais les enfants jusqu’à 16 ans révolus sont exonérés de prime et de participation aux coûts. Les 16-20 ans paient la demi-prime et aucune participation.

Un enfant liechtensteinois ne paie donc rien, ni chaque mois, ni au guichet. Deux pays voisins, le même mécanisme, deux enfances tarifaires opposées.

Les nuances qu’il faut nommer honnêtement

Un tableau à zéro invite à la simplification. Trois précisions s’imposent.

En Allemagne, la gratuité vaut pour la consultation. Des participations subsistent ailleurs : notamment 10 % du prix d’un médicament, avec un minimum de 5 € et un maximum de 10 €.

En Autriche, la e-card donne lieu à un Service-Entgelt annuel de 25,00 € pour 2026. Ce n’est pas une participation par visite, mais ce n’est pas rien non plus. Chez un médecin conventionné, l’ÖGK écrit : « Als Patient oder Patientin müssen Sie daher nichts extra bezahlen. »

En Belgique, la gratuité des jeunes tient à l’intervention majorée, pas à l’âge seul. Le ticket de 4 € tombe à 1 € pour un bénéficiaire de l’intervention majorée, et à 0 € pour ces mêmes bénéficiaires de moins de 25 ans. Le dossier médical global, lui, coûte 32 € — mais « le paiement se règle directement entre votre médecin et votre mutualité » : il ne sort pas de la poche du patient.

En Italie, la gratuité porte sur le médecin de famille et le pédiatre, en semaine. Le ticket italien existe ailleurs — spécialistes, examens — et son montant est fixé par chaque région, ce qui interdit un chiffre national unique.

Le cas français, ligne à ligne

La France est le seul pays du panel où le patient avance puis se fait rembourser, ce qui rend le calcul moins lisible.

Une consultation de généraliste en secteur 1 coûte 30 € depuis le 22 décembre 2024. Elle est remboursée à 70 %, moins 2 € de participation forfaitaire, soit 19 € remboursés.

Le patient avance donc 11 € : 9 € de ticket modérateur et 2 € de participation. Le ticket modérateur est souvent repris par une complémentaire ; la participation forfaitaire, non.

Les moins de 18 ans n’y sont pas soumis : « Cette participation ne concerne pas les personnes de moins de 18 ans. »

Ce qu’on attend, et ce que personne ne publie

Le prix n’est qu’une partie de l’accès. Le temps en est une autre — et là, les pays ne se distinguent pas par leurs chiffres mais par le fait d’en publier.

Le Portugal publie en temps réel. Le portail public affiche les temps d’attente par établissement et par couleur de triage Manchester, rafraîchis en continu. Le portail de données ouvertes du SNS publie en parallèle les admissions par couleur de triage, par institution et par mois — 6 420 enregistrements à fin août 2026.

La France publie périodiquement. L’enquête Urgences de la DREES photographie une journée type, à dix ans d’intervalle. Résultats 2023, publiés en juin 2026 : la moitié des patients pris en charge complètement passent plus de 3 h 10 aux urgences, contre 2 h 15 en 2013 — 55 minutes de plus en dix ans. Entre le tri et le début de la prise en charge, la moitié attendent moins de 16 minutes, mais un sur dix plus de deux heures.

Pour la Suisse, nous n’avons rien trouvé. Et il faut être précis sur ce que cela veut dire.

Nous n’avons trouvé aucune publication fédérale des temps d’attente aux urgences. Ce n’est pas la même chose que d’affirmer qu’il n’en existe pas : une absence ne se prouve pas par une recherche. Ce qui est publié, ce sont les indicateurs de qualité et les chiffres-clés des hôpitaux par l’OFSP, et le nombre de consultations ambulatoires en service d’urgence par l’Obsan.

Le contraste vaut d’être noté. Le pays qui publie ses primes au centime près, assureur par assureur et commune par commune, ne publie pas ce qu’on attend aux urgences.

Si tu es frontalier, c’est ton domicile qui décide de ta ligne du tableau

Le tableau ci-dessus range chaque pays sous son propre régime. Un frontalier, lui, ne sait pas d’avance dans quelle ligne il se trouve — et la réponse ne dépend pas de son employeur.

Si tu résides en France, le droit d’option est ce qui te place dans l’une ou l’autre ligne. Affilié à la LAMal, tu vis sous la ligne suisse : franchise de 300 CHF, puis 10 %, avec une première consultation d’année à plein tarif. Affilié à la CMU frontalière, tu vis sous la ligne française : 11 € avancés chez le généraliste, dont 2 € que ta complémentaire ne reprendra pas.

Deux régimes de guichet radicalement différents, pour le même travail et le même salaire. Le formulaire se signe dans les trois mois suivant la prise d’emploi, et sans formulaire tu es affilié d’office à la LAMal.

Si tu résides en Allemagne, en Autriche ou en Italie, la sortie de l’assurance obligatoire suisse suit les règles d’exemption propres à chacun de ces pays. Quand elle joue, tu bascules sur un régime où la consultation de généraliste ne coûte rien au guichet — les trois sont dans la colonne à 0 €.

Et pour les urgences, c’est ton domicile qui décide aussi de ce que tu peux savoir avant de partir. Un frontalier résidant au Portugal consulte les temps d’attente en temps réel ; en France, il dispose d’une enquête décennale ; côté suisse, nous n’avons trouvé aucune publication fédérale. Le même trajet vers l’hôpital n’est donc pas documenté de la même façon selon le côté de la frontière où l’on habite.

À retenir

Conseils pratiques

Regarde ta franchise avant de choisir ta prime. Une franchise à 2 500 CHF fait baisser la prime mensuelle, mais tu paies tout jusqu’à ce montant. Le calcul dépend de ta consommation réelle, pas d’une moyenne — et il s’inverse à partir d’un certain nombre de consultations.

Groupe tes soins non urgents dans la même année civile. La franchise se remet à zéro au 1er janvier. Deux consultations en décembre et janvier coûtent plus cher que deux consultations en décembre.

Si tu as des enfants, compare le traitement de l’enfance, pas le tarif adulte. C’est là que les écarts sont les plus grands entre pays voisins : 0 € aux Pays-Bas et au Liechtenstein, 10 % dès le premier franc en Suisse.

En France, vérifie ce que ta complémentaire reprend. Elle couvre souvent le ticket modérateur mais pas la participation forfaitaire de 2 €, qui reste à ta charge.

Erreurs fréquentes

« Je paie cher ma prime, donc le médecin est gratuit. » Non, et c’est même le contraire dans le panel. La prime et le reste à charge sont deux décisions séparées, et en Suisse elles s’additionnent.

« Mon enfant ne paie rien puisqu’il est exempté de franchise. » Il est dispensé de franchise, mais il paie la quote-part de 10 % dès le premier franc, plafonnée à 350 CHF par an. La dispense est réelle, l’exemption ne l’est pas.

« Une consultation coûte X en Suisse. » Elle n’a pas de prix unique. Elle coûte son prix plein ou 10 % de son prix selon l’état de ta franchise au moment où tu consultes. Toute moyenne citée efface précisément cette mécanique.

« Le ticket modérateur belge est de 4 €, donc c’est ça pour tout le monde. » Ce montant suppose un médecin conventionné et un dossier médical global tenu par ton généraliste. Sans DMG, ou hors convention, le calcul change.

« Les urgences suisses sont plus rapides. » Peut-être — nous n’en savons rien, et personne ne devrait l’affirmer sans donnée. Ce que nous pouvons dire, c’est que nous n’avons trouvé aucune publication fédérale sur le sujet.

Ce qu’il faut vérifier dans ta propre situation

Si tu es en Suisse, additionne ta prime annuelle et ta franchise : c’est ton coût santé plancher, avant même d’avoir vu un médecin. Puis regarde le plafond de quote-part — 700 CHF par adulte, 350 CHF par enfant — pour connaître ton pire cas.

Si tu compares deux pays, ne compare pas les primes seules. Un écart de 200 € par mois peut être renversé par une franchise, et l’inverse est vrai aussi.

Si tu as une pathologie chronique, ce calcul change complètement : tu épuiseras ta franchise chaque année, et c’est alors la quote-part et son plafond qui décident. Une franchise basse devient rationnelle là où elle ne l’était pas.


Les montants et mécanismes de cet article proviennent des autorités de chaque pays — OFSP, ministère fédéral allemand de la Santé, Rijksoverheid néerlandais, Ameli, CNS, INAMI, ÖGK, Ministerio de Sanidad, SNS portugais — et des fiches pays du CLEISS. Les données d’urgences proviennent de la DREES et du portail de transparence du SNS. Toutes les sources sont datées et listées ci-dessous.

Questions fréquentes

Combien coûte une consultation chez le généraliste en Suisse ? Il n'y a pas de montant unique, et c'est précisément la réponse. Tant que ta franchise annuelle n'est pas atteinte, tu paies la facture entière. Une fois qu'elle l'est, tu paies 10 % de quote-part, plafonnée à 700 CHF par an. La même consultation peut donc coûter son prix plein en janvier et 10 % en novembre.
Est-ce vrai qu'on ne paie rien chez le médecin en Allemagne ? Oui, pour une consultation. La Praxisgebühr a été supprimée en 2013 et le décompte se fait directement entre le médecin et la caisse. Des participations subsistent ailleurs, notamment 10 % du prix d'un médicament, avec un minimum de 5 € et un maximum de 10 €.
Les enfants paient-ils quelque chose chez le médecin ? Presque nulle part. Aux Pays-Bas, un enfant de moins de 18 ans n'a aucune franchise sur aucun soin du panier de base. En France, les moins de 18 ans sont exonérés de la participation forfaitaire. Au Luxembourg, la consultation est prise en charge à 100 % avant 18 ans. En Suisse, l'enfant est dispensé de franchise mais paie la quote-part de 10 % dès le premier franc.
Quelle est la franchise obligatoire aux Pays-Bas ? 385 € en 2026 — mais les soins de médecine générale en sont expressément exemptés, y compris la garde de nuit et de week-end. Une consultation chez le généraliste ne coûte donc rien au guichet, à n'importe quel moment de l'année.
Combien de temps attend-on aux urgences en Suisse ? Nous n'avons trouvé aucune publication fédérale des temps d'attente aux urgences, ce qui n'est pas la même chose que d'affirmer qu'il n'en existe pas. Ce qui est publié, ce sont les indicateurs de qualité des hôpitaux et le nombre de consultations ambulatoires en service d'urgence. Le Portugal, à l'inverse, publie ses temps d'attente en temps réel, par établissement.

La prime n'est que la moitié de la facture. Le moteur Relokea chiffre ta prime réelle et ta franchise selon ton canton, ton statut et l'âge de tes enfants — les deux montants qui décident vraiment de ton année.

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Sources officielles

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